Arbres fruitiers : pourquoi commencer petit

L’option des scions « Hors gabarit » : une autre façon de commencer avec un jeune arbre

Quand j’ai commencé à planter mon verger, en 2019, je voulais créer quelque chose de très diversifié sur environ un demi-hectare. Comme beaucoup de jardiniers, j’ai d’abord pensé qu’il fallait partir de beaux arbres déjà formés. J’ai donc acheté des arbres de quatre ou cinq ans, souvent conduits en gobelet. Ils étaient déjà imposants, mais aussi assez chers. Avec le recul, je ne procéderais probablement plus de la même façon.

Pour la pépinière depuis 5 ans, je greffe moi-même les arbres que je destine à la vente. Certains poussent moins vite que d’autres et n’atteignent pas le calibre attendu pour être commercialisés comme des arbres classiques. Plutôt que de systématiquement les écarter ou de les recéper pour les vendre l’année suivante, j’ai commencé à en planter un certain nombre sur mon terrain, un peu partout, là où il restait de la place. J’en ai taillé certains, j’en ai laissé pousser d’autres plus librement. Certains ont été déplacés, d’autres oubliés pendant un temps. Quelques-uns ont été abîmés par les chevreuils. Tous n’ont pas été des réussites. Mais quelques années plus tard, ce sont ces arbres-là qui m’ont fait changer de regard, la plupart sont déjà devenus de beaux arbres et ont commencé à donner des fruits. Ils ont surtout pris des formes très différentes, parfois bien éloignées de ce que j’aurais imaginé au départ.

Un arbre « hors gabarit », qu’est-ce que c’est ?

La catégorie « Hors gabarit » désigne, à la pépinière, les scions de moins d’un mètre. Mais leur petite taille ne doit pas être interprétée comme un avantage en soi : un scion d’un an qui se développe normalement dépasse en général le mètre dès la première année. Une croissance plus faible peut avoir différentes causes et résulter de plusieurs facteurs, parmi lesquels la vigueur propre à l’arbre, le porte-greffe, la variété ou encore les conditions de culture, notamment la sécheresse, dont l’impact se fait de plus en plus sentir au fil des années. La taille d’un jeune arbre ne permet donc pas, à elle seule, de juger de sa qualité ni de son potentiel.

Les arbres « hors gabarit » sont donc, par définition, des arbres qui n’ont pas pris le départ attendu pour leur catégorie commerciale. Il faut l’assumer plutôt que chercher à le cacher. Mais cela ne signifie pas qu’ils sont condamnés à rester petits. Une fois planté dans de bonnes conditions, un arbre peut poursuivre sa croissance et construire progressivement sa ramure. Il faudra simplement accepter qu’il puisse avoir besoin de davantage de temps pour rattraper une partie du retard — et qu’il n’y ait aucune garantie qu’il le fasse. C’est finalement ce qui m’intéresse dans ces arbres : on ne sait pas exactement ce qu’ils vont devenir.

Le jeune scion : commencer avec un arbre à construire

Il y a aussi une autre question, qui concerne les scions jeunes en général. Un scion d’un ou deux ans est à mon sens un excellent point de départ lorsqu’on accepte de construire progressivement son arbre. Il est encore très peu formé et permet de choisir, au fil de sa croissance, les branches qui constitueront sa future structure. On ne cherche pas à obtenir immédiatement l’arbre définitif, mais à construire progressivement une architecture adaptée à l’arbre et à l’objectif recherché.

C’est personnellement la conduite en axe que je préfère pour les fruitiers. Elle me semble particulièrement intéressante pour construire un arbre progressivement, sans chercher à tout obtenir dès la plantation. Mais ce n’est évidemment pas la seule manière de conduire un arbre : chacun peut choisir la forme qui lui convient.

Voir aussi : Comment tailler un arbre fruitier en axe

Laisser un peu de place à l’arbre

C’est probablement la principale leçon que j’ai tirée de mon propre verger. Lorsque j’achetais des arbres déjà formés, j’avais tendance à considérer leur forme comme un résultat à préserver ou à corriger. Avec les jeunes arbres plantés ensuite, j’ai commencé à observer davantage avant d’intervenir.

Une branche pousse là où je ne l’avais pas prévue ? Il n’est pas forcément nécessaire de la supprimer immédiatement. Un arbre prend une forme différente de celle imaginée ? Il peut être intéressant de voir ce qu’elle donne. Cela ne veut pas dire qu’il faut laisser tous les arbres pousser sans taille. La formation reste utile pour construire une structure solide, équilibrée et adaptée à la production de fruits. Mais elle peut se faire progressivement, sur plusieurs années. Et parfois, l’arbre nous propose simplement quelque chose d’un peu différent de ce que nous avions prévu.

Planter, observer, recommencer

C’est aussi pour cela que j’aime l’idée de planter de nombreux jeunes arbres. Avec des arbres déjà âgés et coûteux, on peut avoir tendance à vouloir réussir immédiatement : choisir la bonne forme, faire les bonnes tailles, ne surtout pas se tromper. Avec de jeunes arbres plus accessibles, l’expérimentation devient beaucoup plus simple.

On peut essayer. Observer. Se tromper. Recommencer. Certains arbres pousseront très bien. D’autres moins. Certains donneront une forme intéressante, d’autres demanderont davantage d’attention. Et certains finiront peut-être par disparaître. Ce n’est pas forcément un échec. Un verger vivant n’est pas un alignement d’arbres identiques. C’est un ensemble d’arbres qui évoluent chacun avec leur emplacement, leur sol, leur porte-greffe, leur variété et leur propre vigueur.

Alors, pourquoi commencer petit ?

Un petit arbre n’est donc pas nécessairement meilleur qu’un arbre déjà bien développé. Ce dernier présente d’ailleurs des avantages évidents : il permet d’obtenir plus rapidement une présence dans le jardin, avec une silhouette et une architecture déjà constituées. Sa taille reflète aussi le temps de culture et le travail qu’il a demandés en pépinière, ce qui se retrouve naturellement dans son prix.

Mais choisir un jeune arbre, c’est aussi lui donner la possibilité de s’installer progressivement dans son nouvel environnement. On ne reçoit pas un arbre déjà constitué : on l’accompagne dans son développement. Surtout, un jeune arbre peut plus facilement adapter son enracinement aux conditions de son nouvel emplacement, et sa transplantation représente généralement un stress moins important. C’est aussi ce qui explique qu’un arbre jeune puisse, avec le temps, rattraper puis dépasser un arbre plus développé au départ. Avec les arbres « hors gabarit », on accepte en revanche de partir d’un arbre dont la croissance n’a pas atteint la hauteur habituelle pour son âge. Cela demande davantage de patience et une certaine curiosité, avec aussi la possibilité que certains arbres ne donnent pas, au final, le résultat espéré.

C’est justement ce qui me plaît. Depuis 2021, mon verger m’a appris qu’un arbre n’a pas besoin d’être parfait au moment où on le plante pour devenir intéressant quelques années plus tard. Un arbre fruitier n’est pas une sculpture terminée lorsqu’il quitte la pépinière. C’est le début de son histoire dans votre jardin.

C’est dans cet esprit que je propose cette année ma catégorie « Hors gabarit » : des scions de moins d’un mètre, proposés à un tarif plus accessible que les arbres de calibre classique. Ils ne conviendront pas à tout le monde. Mais pour ceux qui ont envie de planter, d’observer, d’expérimenter et de laisser un peu de temps aux arbres, ils peuvent être une façon différente — et assez enthousiasmante — de commencer un verger.

Consulter le catalogue des scions « Hors gabarit »